Lors de mes interventions, j’entends parler régulièrement de “besoin de reconnaissance”. Je constate que depuis plusieurs années – notamment avec les effets de la crise économique – cette expression apparaît de plus en plus sur le devant de la scène. Toutefois, elle ne recouvre pas les mêmes réalités selon les personnes, les situations, et, au final le sens de cette expression se délite, au risque de ne pas savoir “vraiment” de quoi on parle, de créer des distorsions dans la qualité de la communication au sein de l’entreprise, de générer des dysfonctionnements préjudiciables pour chacun, pour l’équipe, …

Mon propos dans cet article est de vous apporter des éclairages “basiques”.

Le besoin de reconnaissance est un besoin fondamental de l’être humain : obtenir des marques de reconnaissance confirme notre existence. Chacun va rechercher ces marques qu’elles soient matérielles (primes, cadeaux…) ou immatérielles (compliments, honneurs,…).

Une approche sociologique

Tzvetan TODOROV, sur un plan sociologique, indique que nous possédons deux formes d’aspiration en terme de reconnaissance :

  • la reconnaissance de conformité : être en conformité avec le groupe (se conformer aux normes, aux usages de sa condition, de son environnement).
    La reconnaissance de conformité favorise l’accord.
  • la reconnaissance de distinction : se distinguer du groupe ou au sein du groupe. La reconnaissance de distinction favorise la compétition.

Chacun de nous possède ces deux aspirations, toutefois elles varient en intensité et en forme selon les individus.

C’est à votre tour ! Observez les situations personnelles que vous vivez et classez les. D’après vous quels sont les impacts au sein d’une équipe s’il y a “excès” d’aspiration à la Reconnaissance de Conformité ou “excès” d’aspiration à la Reconnaissance de Distinction?

Une approche relationnelle

L’Analyse Transactionnelle dont le fondateur est Eric BERNE (médecin psychiatre 1910-1970) nous offre une grille de compréhension et d’intervention.

A l’origine, l’enfant qui vient de naître a besoin que ses 5 sens (voir, sentir, goûter, entendre, toucher) soient stimulés pour se développer. C’est la soif de stimulation. En grandissant, à cette soif de stimulation va s’ajouter la soif de reconnaissance. Cette soif de reconnaissance va être nourrie par les signes de reconnaissance. Un signe de reconnaissance est « tout acte impliquant la reconnaissance d’autrui ».

La qualité et la fréquence des signes de reconnaissance permettront au petit enfant qui les reçoit et les interprète de se forger une idée de sa propre valeur. Ceci explique que chacun d’entre nous ne va pas chercher les mêmes signes de reconnaissance en termes de type de signes (positif/ négatif, conditionnel/inconditionnel…), de fréquence, d’intensité…

Ainsi un observateur extérieur pourrait se demander :
Pourquoi untel reçoit “toujours” des compliments?
Pourquoi untel reçoit “toujours” des remarques désagréables?
Pourquoi untel ne dit jamais ce qui va bien?
Pourquoi untel à chaque fois qu’on lui fait un feed-back positif le “déforme”?

Un manager vis à vis de son collaborateur pourrait s’interroger :

  • « Pourquoi vais-je lui dire qu’il fait bien son travail vu qu’il le sait ? »
    – cela le renseigne/confirme sur sa compétence
    – sa confiance en lui est stimulée : l’être humain est ainsi fait – même s’il connaît sa compétence, au fond de lui il sent que rien n’est jamais totalement acquis
    – cela entretient sa motivation : après une appréciation positive votre énergie est-elle plus haute ou plus basse ?
  • « Pourquoi lui dire que ce qu’il fait n’est pas bien fait ?»
    – cela le renseigne sur son degré de connaissance et de compétence par rapport à la tâche à réaliser, la personne peut améliorer son travail, ses connaissances…
  • « Pourquoi lui dire/montrer que je l’apprécie ? »
    – sa confiance en lui et son estime de soi sont stimulées
    – cela entretient sa motivation
    – cela entretient les liens

Comprendre ce qui s’exprime, ce qui est interprété, savoir bien exprimer les signes de reconnaissance dans la relation sont des facteurs inestimables pour favoriser la communication, l’interaction constructive, le développement des personnes et des équipes.