Un des postulats de la créativité est qu’un groupe est plus créatif qu’un individu isolé. Ce n’est pas aussi simple que ça, il suffit de voir certains débats télévisés pour constater que des individus brillants individuellement ne produisent pas beaucoup d’idées brillantes lorsqu’ils sont ensemble.

Les psychologues sociaux décrivent de mieux en mieux les facteurs favorisant l’intelligence d’un groupe. Les biais cognitifs des groupes sont de mieux en mieux connus et peuvent faire l’objet d’expérience : échange de signaux incorrects, pression de conformité, les biais de représentativité, de cadrage, de confiance et de disponibilité, le piège abscons.

Les facteurs fondamentaux

La diversité des profils des participants augmente, par la variété des expériences personnelles, la production créative d’un groupe. La diversité concerne les connaissances et l’expérience professionnelle mais aussi les caractéristiques telles que l’âge, le sexe, la culture (langue et ethnie). Toutefois, une trop grande diversité est un handicap immédiat car les individus ont trop de difficultés à se comprendre au premier abord. Attention donc à l’utilisation du béotien dans un groupe d’expert.

Une certaine connaissance des autres membres du groupe favorise la productivité créative. « Connaître l’autre » augmente le niveau de confiance et abaisse le niveau d’auto-jugement et de critique. « Savoir ce que savent les autres » est surtout favorable à la capacité du groupe à apprendre et réaliser, qui sont aussi des étapes du processus créatif.

L’intelligence émotionnelle des individus a plus d’effet sur la capacité créative du groupe que le coefficient intellectuel (QI) de ses membres. Les groupes fonctionnent d’autant mieux que les participants ont une capacité à comprendre et à détecter le langage non verbal et les émotions des autres.

Le tour de parole distribué et équitable est le facteur qui a le plus d’impact positif sur l’intelligence du groupe et sa capacité créative. Ce résultat fait écho aux règles d’or de tout groupe créatif : écoute, non-jugement, rebond. Inversement, les discussions dominées par un ou deux individus et une communication centralisée ont un effet très négatif.

Les facteurs qui donnent un plus

La présence de femme a une forte influence positive sur le bon fonctionnement d’un groupe qu’on peut relier à leur sensibilité sociale généralement meilleure que celle des hommes et à leur représentation spécifique du monde qui augmente l’apport créatif.

Des équipes entraînées, qui ont l’habitude de travailler d’une manière créative, augmentent aussi la productivité créative d’un groupe mais surtout sa performance globale et son efficacité (gain de temps et d’argent).

Des problématiques bien expliquées, des objectifs clairs et la confiance du groupe dans le porteur de la commande sont également des conditions favorables à la performance d’un groupe créatif.

Des conditions matérielles et temporelles (lieu, salle, matériel adapté, temps et planning raisonnables) permettent également à un groupe créatif de mieux fonctionner et d’être plus productifs.

Réunir des personnes, aussi intelligentes et expertes soit elles, ne suffit pas à en faire un groupe intelligent et performant.

La créativité s’organise, s’apprend et se travaille.

Références :
hbrfrance.fr
– Quand l’intelligence vient aux groupes – Estelle Michinov, professeur de psychologie sociale de l’université de Rennes 2 – Cerveau&Psycho n°78 – juin 2016