La conservation des biens culturels

Les biens culturels sont les collections présentes dans les musées et les monuments historiques. On les appelle des fonds dans les archives et les bibliothèques. Il existe plusieurs formes de conservation. C’est la protection de notre patrimoine pour éviter les risques de dégradations ou de pertes. On parle alors de conservation préventive. Elle agit par des mesures et des actions sur les causes d’altérations. Par exemple : la déchirure d’un dessin (altération mécanique), la présence de rouille sur un objet en fer (altération chimique), la présence de moisissures ou d’insectes dans des livres (altération micro/biologique), le tassement d’une sculpture (altération structurelle).

La conservation curative, elle, prend le relais pour stopper une détérioration ; puis la restauration remet en état. Par des actions directes sur les biens culturels, elles agissent sur les effets des dégradations.

Quand la conservation devient prévisionniste

Lorsque le risque menace de se réaliser et que l’alerte est donnée, c’est à ce moment qu’intervient la conservation prévisionniste. Elle se concentre, elle, sur la situation de crise qui peut impacter à la fois le contenu (les collections) et le contenant (le musée). Ses actions principales sont : protéger et mettre en sécurité les collections ; prodiguer les premiers gestes de secours pour les biens culturels, le cas échéant. Elle réagit et agit, elle répond à l’urgence.

Sa stratégie est définie en amont. Elle fait de son caractère opérationnel et interventionniste une priorité. D’ailleurs, elle tire son nom du vocabulaire employé par les forces de secours. Leur prévision intègre : la possibilité de faillite des mesures de prévention et la notion du risque résiduel. Il subsiste, en effet, toujours un niveau de risque qui est bien réel !

La conservation prévisionniste est le lien entre la conservation préventive (pré-sinistre) et la conservation curative (post-sinistre). La conservation prévisionniste prend naissance dans le fondement même de la conservation préventive et s’arrête là où commence la conservation curative et la restauration. En effet, elle ne s’oppose pas à la conservation préventive. Elle est son prolongement. Elle intègre une conception et une gestion des risques plus globale : de la prévention à l’intervention.

Les atouts d’une conservation prévisionniste

La conservation prévisionniste se donne pour objectif de minimiser les effets d’un sinistre sur les biens culturels et de maximiser le retour à la normale dans l’établissement. C’est en répondant à une double problématique qu’elle y parvient. Ses mesures et actions sont conformes aux principes de la conservation préventive et à la fois permettent de mettre en sécurité des collections face à un sinistre. Grâce à la conservation prévisionniste, on obtient un gain de temps et d’argent car elle limite les coûts de restauration et de remise en état du bâtiment !

Par exemple, lors des inondations en Septembre 2000 dans les dépôts archéologiques de la ville de Marseille, l’efficacité d’une conservation prévisionniste est démontrée. L’usage de la caisse en polypropylène alvéolaire préférée à celle en carton ondulé pour le conditionnement donne satisfaction lors du dégât des eaux. Le polypropylène est imperméable et les boites rigides ont correctement contenu le matériel archéologique de la cité phocéenne. Peu mélangé, peu boueux et facilement accessible, il est secouru rapidement et on constate peu d’altérations.

Rappelons qu’un sinistre n’est pas nécessairement lié à une catastrophe majeure. Un risque important et fréquent (infestations, contaminations…) peut provoquer, à terme et s’il est négligé, autant de dégâts sur les collections qu’un évènement très grave mais très rare (crue centennale, tremblement de terre, pluies cévenoles…). C’est l’échelle de temps qui est différente mais pas celle des dommages !

L’outil indispensable de la conservation prévisionniste est le plan de sauvegarde et d’urgence, dit PSU. Il permet de réduire les risques, leurs effets et assure une continuité d’activité. En somme, avec la conservation prévisionniste et son PSU : préparons-nous à être prêts !

Pour aller plus loin : consultez l’article du même auteur : 7 points clefs pour appréhender le plan de sauvegarde et d’urgence.

D’après :
Norme européenne EN 15898 : 2011 (F) terme 3.3.1 (Conservation-restauration)
Norme européenne EN 15898 : 2011 (F) terme 3.3.5 (Conservation préventive)
Norme européenne EN 15898 : 2011 (F) terme 3.3.6 (Conservation curative)
Norme européenne EN 15898 : 2011 (F) terme 3.3.7 (Restauration)
Rebière, J. Lemaire,J. Fromageot, D. et Pichon, N. (2000). L’emploi de caisses en polypropylène alvéolaire pour un stockage prolongé du patrimoine, un mode de prévention de certains sinistres ? Congrès International : Prévention 2000, la prévention des sinistres dans les aires de stockage du patrimoine, Rebière, J. et Mourey, W., 7-10/11/2000, Draguignan-Figanières (FRA), 239 p.