LA PAROLE EST D’ARGENT

La parole articulée, apparue dans l’évolution des espèces avec la station debout, est notre fierté de bipède.
Elle exprime notre intelligence, expose nos arguments, nos idées, nos intentions, et nos mots sont porteurs de sens. Elle permet de transmettre des informations, de convaincre, de toucher, de surprendre, de faire agir.

Aussi la tentation est grande, quand on délivre une prise de parole, de remplir l’espace sonore avec les mots ; tous ces mots qu’on a pensés, pesés, choisis, seul dans son cabinet de travail.
Alors souvent l’orateur déverse son flot de paroles sans prendre le temps de respirer et submerge l’auditoire, qu’il perd. La passion peut l’échauffer et il « chevauche » seul, ou bien il croit que son expertise se mesure au nombre d’informations transmises, ou que tant qu’il garde la parole il a le pouvoir…

  • On se demande toujours : « Qu’est- ce-que je vais dire ? ».
  • Peut-on se poser la question : « A quels moments vais-je me taire ? ».

LE SILENCE EST UN OUTIL PUISSANT

En prise de parole, l’auditoire a le temps d’intégrer ce qui vient d’être dit, de se faire des images, de comprendre, et voit que l’orateur lui laisse le temps de tout cela ; l’orateur a le temps de reprendre son souffle, de se recentrer, de voir comment l’auditoire reçoit son message et de le réajuster si nécessaire, de retrouver son fil s’il l’a perdu. Un silence accompagné d’un regard chargé d’intention double l’impact du message.
En entretien, en négociation, laisser un temps de silence permet, et quelque fois oblige, l’autre à réfléchir, à se positionner, à se découvrir peut-être. Un grand silence partagé peut débloquer la première concession.
Dans les conflits, le silence permet de ne pas « répondre » trop vite, de se donner le temps de la réflexion, de prendre du recul, de se calmer, de désarçonner l’autre s’il croit déclencher une réaction agressive. Qui n’a pas envie d’être « maître du silence » ?

C’EST UN OUTIL QU’IL FAUT APPRIVOISER

Le silence fait peur à l’orateur : peur de voir la réaction de l’auditoire, peur de se poser au risque qu’un auditeur en profite pour prendre la parole, peur du « trou » et du vide (mauvais souvenir du « par cœur » de l’école), peur de l’objection qui se glisserait dans un temps de pause, peur de la perte de contrôle, peur de l’instant présent, du contact avec soi, avec l’autre- peur de l’intensité ?
Oui le silence est intense et donne à celui qui l’a apprivoisé une sensation de puissance et d’assurance.
Si la voix est « naturelle » (on nait avec), la parole est issue d’un apprentissage dans la première année de la vie. Nous avons été conditionnés par des années de parole coupée, de non écoute et d’impatience de nos interlocuteurs. Puisque nous avons été conditionnés, nous pouvons nous déconditionner.

Alors …chutt ! en écoutant quelques silences en or de Barack Obama :